Créer un sondage ou une enquête quand on est un collectif féministe

Pour qualifier au plus précisément les oppressions systémiques que nous subissons et faire entendre les voix des personnes minorisées, nous, les collectifs féministes, réalisons régulièrement des sondages, enquêtes, questionnaires… pour recueillir la parole et quantifier le plus finement possible l’impact des violences.

Lorsque nous le faisons, nous choisissons généralement un outil en ligne, avec lequel une ou plusieurs de nos membres sont à l’aise, et commençons à réfléchir aux questions à poser au regard du résultat que nous recherchons.

Nous savons que les données que nous récoltons sont souvent sensibles. Que se soit des questions qui peuvent paraître anodines comme demander un mail, son numéro de téléphone, son âge… ou plus sensibles comme une identité de genre, une orientation sexuelle, savoir si l’on a déjà subit des cyberviolences, des violences sexistes ou sexuelles (et lesquelles), l’impact que cela a sur notre santé physique et mentale, le fait d’avoir déjà eu recours à une IVG, notre état de santé… Toutes ces questions correspondent à des données précieuses, qui font la richesse de nos enquêtes… mais qui nécessitent d’être protégées pour que les enquêté·es ne prennent aucun risque, à court et long terme.

Contre qui on se protège ?

Les entreprises technopatriarcales

Lors de la seconde élection de Trump, les dirigeants des entreprises de la Tech se sont empressés de se mettre au pas, en supprimant leurs politiques d’inclusion, de modération (dont on pouvait déjà questionner l’efficacité) , ou carrément en plébiscitant les idées masculinistes.

Ces entreprises font courir un risque à toutes les minorités car :

Les collectifs anti-féministes

Mais ça n’est pas tout : Ces entreprises permettent la réutilisation de ces données à des collectifs anti-féministes, ce qui inclut des collectifs qui nous sont extrêmement hostiles comme par exemple les groupes anti-avortement aux États-Unis qui peuvent récupérer vos infos de localisation pour savoir si vous vous êtes déplacé·e dans une clinique pratiquant l’IVG récemment.

Ce n’est pas seulement un problème américain : en France aussi les collectifs anti-féministes utilisent les moyens numériques à leur disposition pour leurs agendas réactionnaires. La fondation des femmes a produit une enquête sur la mobilisation anti-avortement sur les réseaux sociaux en France et constate par exemple que :

Les États

Les États ont toujours eu intérêt à surveiller leurs citoyen·nes, notamment pour faire face à toute forme d’opposition, et cette surveillance ne date pas d’hier.

Mais ce qui se joue ces dernières années, avec la montée de l’extrême-droite dans de nombreux pays, c’est que cela peut signifier demain qu’un gouvernement fasciste élu dans votre pays pourra savoir beaucoup de choses de vous… tout en vous criminalisant comme c’est déjà le cas aux États-Unis :

Les personnes malveillantes au sein de nos collectifs

Enfin, il y a parfois au sein de nos collectifs des personnes qui se révèlent problématiques ou carrément malveillantes. Anticiper ce risque peut nous permettre d’éviter de gros tracas, pour peu qu’on ai eu le temps d’y réfléchir en amont.

Par exemple, pour un questionnaire lancé par le collectif, qui aura accès aux résultats ? Avec quels identifiants et mots de passe ? Comment peut-on s’assurer que ces accès soient limités à des membres de confiance, tout en évitant de se reposer sur une seule personne ?

Comment on se protège ?

Étape 1 : Choix des questions

Une donnée non récoltée n’a pas besoin d’être protégée !

Lorsque vous élaborez votre questionnaire, dans un souci de protection qui va dans le même sens que la simplification, demandez moins d’infos si vous le pouvez : c’est la meilleure façon de protéger vos enquêté·es.

Étape 2 : Vie des données

Que deviendront vos données une fois l’enquête analysée ? Voulez-vous les publier ? Les anonymiser ? Les garder dans un coin ? Pour chacun de ces cas de figure, cela vaut le coup de réfléchir à où vont aller ces données, pour s’assurer :

Une fois ce travail fait, on vous encourage bien entendu à communiquer auprès des personnes sondées sur ce qui sera fait de leurs données.

Étape 3 : Choix de l’outil

Dernière étape : LE moment de choisir un outil qui sera respectueux des données de votre enquête et donc de vos enquêté·es.

En version rapide, nous vous proposons un outil que nous gérons, qui ne récupère pas vos données ni celles de vos utilisatrices. Nous le mettons à disposition avec nos petits moyens, et serions ravi·es qu’ils soient utiles à des personnes et collectifs qui partagent nos valeurs.

(Bientôt disponible) Tester Form.Dinah, notre outil de création de formulaire

En version à peine plus longue, il vous faudrait choisir un outil fourni par quelqu’un en qui vous avez confiance, selon les critères qui sont importants pour vous. Vous pouvez aussi demander conseil à des spécialistes des outils numériques éthiques, ou des collectifs comme les CHATONS si ils proposent des outils de création de sondages. Un outil assez connu et utilisé est par exemple Framaforms, porté par l’association Framasoft

Découvrir les outils de sondage proposés par les CHATONS

(Bientôt disponible) Tester Form.Dinah, notre outil de création de formulaire

Merci pour votre lecture !

Suite à cet article, n’hésitez pas à nous écrire si vous avez besoins de conseils, des questions sur les enjeux éthiques du numérique ou sur les outils à utiliser, nous serons ravi·es d’échanger avec vous et de vous conseiller au mieux selon vos besoins.

Au plaisir de discuter ensemble,

Dinah